Fuente: http://www.demainonline.com/, 24/05/2011
Badr Soundouss
Le site Lakome.com a affirmé mardi 24 mai dans un article succint que l’homme d’affaires marocain Karim Tazi était sous le coup d’un contrôle fiscal. Si l’information se confirme, c’est la direction générale des impôts (TGI) qui a été chargée de cette besogne.
Après lui avait interdit de manifester par écrit, le Makhzen s’intéresse maintenant à ses finances. Un cheminement logique dans un Etat policier dont les moyens coercitifs sont les meilleurs atouts pour faire taire ceux qui déragent.
La TGI, dirigée depuis l’année dernière par Abdellatif Zaghnoun est, avec la Trésorerie générale, gouvernée par le prédécesseur de Zaghnoun, Noureddine Bensouda (un autre « ami du roi« ), l’un des rares départements du ministère des finances qui échappent au contrôle du ministre. Bensouda a d’ailleurs régné sur la TGI pendant 11 ans (1999-2010) fouinant dans les coffres-forts et les tiroirs des entreprises montrées du doigt à chaque fois que l’ordre est venu d’en haut, mais épargnant, comme par miracle (la Baraka existe au Maroc!) les sociétés dont le souverain avait des participations.
S’il y a donc contrôle fiscal de Karim Tazi, c’est sûrement Abdellatif Zaghnoun qui est à l’origine de ce chantage financier téléguidé dont le but est de provoquer un redressement fiscal, et par la même intimider le patron de Richbond qui a cru naïvement à l’ouverture et au fair-play du régime.
Zaghnoun n’est pas un inconnu au bataillon des receveurs d’ordres du « haut ». En 2009, il était le directeur général des douanes et des impôts indirects quand le jeune militant des droits de l’homme Chakib El Khyari fut arrêté pour avoir dénoncé la complicité de hautes personnalités marocaines avec le trafic de drogue dans le nord du Maroc.
Zaghnoun était toujours à son poste quand quelques mois plus tard El Khyari fut condamné à trois ans de prison ferme et au versement aux douanes de plus de 753.000 dirhams (68.000 euros) pour, entre autres accusations ridicules, « infraction au code des changes et dépôt de fonds dans une banque étrangère sans l’autorisation de l’Office des changes. »
Le crime horrible et impardonnable d’El Khyari ? avoir touché, dans une banque de Melilla, la somme de 200 euros (un peu plus de 2 000 DH… ) pour son travail de « fixer » (accompagnateur de journalistes) pour le quotidien espagnol El Pais.
Quand on sait la somme de liquidités que certains dignitaires marocains expédient à l’étranger sans passer par l’Office des changes, comme par exemple le cas de cette ministre et son mari qui viennent d’acheter un luxueux appartement place Vendôme à Paris, selon l’hebdomadaire Al Ousboue, on ne peut que sourire face à l’immense tâche accomplie par les services de Zaghnoun pour coincer El Khayri et ses malheureux 2 000 DH…
Pour revenir à la direction générale des impôts, depuis quelques années cette dernière se comporte comme un commando vengeur chargé de frapper les poches des dissidents, ou considérés comme tels, et de faire taire les bavards.
Jusqu’à aujourd’hui, pratiquement aucune personnalité, politique, économique, artistique ou autre, n’a osé lever le petit doigt pour dénoncer non le travail normal que doit effectuer un service nécessaire au bon fonctionnement de l’Etat, mais les chantages réitérés menés par cette structure de terreur financière contre des cibles « privilégiées » et montrées du doigt par le « haut ». Et aucune publication marocaine n’a jamais osé dénoncer ces pratiques en chatouillant un peu Noureddine Bensouda et son successeur.
Il est temps que cet anachronisme informatif cesse.
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