Fuente: http://www.demainonline.com/ 25/04/2011
Rabat.- L’organisation américaine de droits de l’homme Human Right Watch (HRW) a demandé aujourd’hui à l’Etat marocain d’ordonner un nouveau procès pour l’ancien champion international de boxe Light Contact Zakaria Moumni.
Moumni purge actuellement une peine de deux ans et 6 mois de prison après avoir été condamné pour « escroquerie » par un tribunal de Rabat en octobre dernier. Selon l’acte d’accusation, Moumni aurait escroqué deux Marocains en leur promettant des contrats de travail en France.
Selon HRW, Moumni a été reconnu coupable par le tribunal de première instance de Rabat sans qu’il puisse être confronté à ses accusateurs, qui d’ailleurs ne se sont pas présentés au tribunal.
L’organisation américaine estime que la « confession » de Moumni a été probablement obtenue sous la « torture ». « Quelle que soit la base de ces poursuites, Zakaria Moumni n’a pas eu droit à un procès équitable », tonne HRW, qui rappelle que « les juges ne devraient pas jeter les gens en prison sur la base de témoignages qui ne peuvent être contestés ».
Zakaria Moumni est un jeune sportif marocain qui a décroché, en 1999, à Malte, le titre de champion du monde de Light Contact dans la catégorie Senior. A ce titre et comme le prévoit un décret royal datant de 1967 il avait droit à une bourse mensuelle de l’Etat marocain.
Or quand il a commencé à exiger son dû, il a été broyé par la machine du Makhzen. Comme tant d’autres avant lui il s’est retrouvé victime d’un procès monté de toutes pièces et condamné à 3 ans ferme en première instance. Une peine qui sera réduite de 6 mois en appel.
Zakaria a été enlevé le 27 septembre 2010 à l’aéroport de Rabat à sa descente de l’avion qui le ramenait de Paris où il vit depuis plusieurs années avec sa femme, Taline, ressortissante française. Selon le rapport fait par l’Association de défense des droits de l’homme au Maroc (ASDHOM), une ONG marocaine dont le siège se trouve en France, « il a été conduit en voiture banalisée, couchée sous une veste, les yeux bandés, au centre de torture de Témara, à quelques kilomètres de Rabat où il a subi des sévices durant 96 heures ». Selon son épouse, après avoir été mis nu, « il a été torturé à l’électricité, tabassé sur les tibias avec des barres de fer. On l’a laissé menotté 4 jours sur une chaise, les yeux bandés 24/24, sans jamais lui permettre de se mettre debout, ni de s’allonger. Il n’a pas dormi pendant 4 jours. On l’a également obligé à rester agenouillé toute une nuit ».
Après cela, il a signé une « confession » qui a été utilisée dans le procès en première instance où il s’est retrouvé seul, sans défenseur mais également sans les plaignants et leur avocat qui avaient mystérieusement disparus.
Et quand son dossier sera enfin repris par un avocat, Me Abderrahim Jamaï, le mal était fait. Les différentes demandes de son conseil pour faire convoquer les plaignants seront systématiquement rejetées.
C’est que Zakaria Moumni, au lieu d’accepter son sort et d’oublier son dû, s’est présenté un jour, le 25 janvier 2010, devant la porte du château de Betz, à 65 kilomètres au nord-est de Paris, pour réclamer sa bourse au roi du Maroc. Une impertinence qui ne peut être tolérée par l’autocrate alaouite qui n’accepte pas que ses sujets viennent perturber ses vacances.
Quelques mois plus tard, Zakaria Moumni a été puni comme il se doit.
Badr Soundouss
Interview de Zakaria Moumni au site Bakchich
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