Face aux critiques sur la lenteur et la portée limitée des réformes qui a pris la forme exclusive de révision de textes de lois, le président Abdelaziz Bouteflika a invoqué de manière implicite, aujourd’hui, dans un discours à l’ouverture de l’année judiciaire 2011-2012, une impréparation de l’Algérie à la démocratie. Avec une invitation classique à ne pas comparer avec la démocratie britannique ou française. Et une occultation du standard démocratique élevé que la Tunisie est entrain d’installer au niveau maghrébin et arabe
L’Algérie, a-t-il dit en est encore "à ses débuts" en matière d’expérience démocratique et il n’y a pas lieu de « aire des comparaisons entre ce qui se passe chez nous et ce qui se passe en Grande-Bretagne ou même en France" car, a-t-il dit, "ces pays nous ont devancés en démocratie depuis des siècles déjà". Un discours qui date et qui omet de prendre en compte que la Tunisie voisine est entrain de fixer un standard démocratique qui rend inutile la référence à l’histoire des démocraties européennes. Le processus officiel de réformes engagé depuis avril dernier s’est focalisé sur la révision d’une série de lois sans pour autant que les médias audiovisuels publics ne s’ouvrent au débat public. Les réformes n’ont pas donné lieu à un débat politique, le pouvoir se satisfaisant d’une Commission de dialogue (Bensalah) qui a été boycottée par les partis d’oppositions. « Nous faisons notre apprentissage en la matière. En conséquence, aucun reproche ne doit être fait à notre encontre ou à l’encontre de ceux qui nous critiquent tant à l’intérieur qu’à l’extérieur", a déclaré Bouteflika tout en concédant qu’"il est possible qu’il y ait des lacunes ou des étapes non encore franchies. Celles-ci interviendront progressivement et émaneront de notre peuple qui n’a confiance qu’en ses propres réalisations". Il a évoque les « importantes échéances politiques » à venir qui, a-t-il dit, « laissent transparaître des horizons où régnera une démocratie qui réunit tous les éléments nécessaires et qui permettra de rétablir la confiance entre le citoyen et les institutions parlementaires à tous les niveaux".
Surenchère !
Au sujet de ceux qui s’étonnent de la « singularité » de l’Algérie, Bouteflika a indiqué que l’Algérie faisait partie de ce monde. "Elle subit son influence et influe sur lui, mais elle n’a pas à revenir à des expériences qu’elle a vécues depuis des décennies". Le thème de la défense de la souveraineté et de l’indépendance, invoqué à outrance par les partis de l’Alliance présidentielle et par le Parti des travailleurs, a été abordé. Sans aucune indication sur la source éventuelle de cette menace. « Le peuple algérien est attaché à son indépendance et à sa souveraineté et refuse que les choses lui soient dictées… Nous ne sommes pas là pour faire de cette indépendance un objet de surenchère et nous n’avons pas le droit de le faire", a-t-il ajouté. « Si la démocratie impliquait la tenue d’élections, l’Algérie doit alors aller vers cette option, même si, par le passé, nous avons connu des élections à la Naegelen" en faisant une référence un peu mystérieuse à la fraude électorale sous le régime colonial.
Si la démocratie signifie une multitude de partis….
Le discours de Bouteflika est resté centré sur la défense de la « voie algérienne » spécifique de la réforme. « La révision des méthodes de notre expérience nationale se distingue des autres expériences… nous apprenons des leçons des autres, mais nous les adaptons à notre réalité nationale et à nos traditions politiques dans le cadre du multipartisme". Dans ce qui semble être un renoncement au verrouillage non justifiée légalement de l’agrément des partis politiques depuis plus d’une décennie, le président Bouteflika a estimé que « si la démocratie signifie une multitude de petites formations politiques, qu’il en soit ainsi et que ces formations prouvent leur valeur à travers les élections ». Le dernier mot reviendra de toute façon au peuple qui déterminera « le poids de chacun ». C’est pourtant l’argument des opposants qui dénonçaient durant ces dernières années le rejet illégal de l’agrément des partis qui ont remis des dossiers conformes aux exigences de la loi sur les partis. Tout le monde devra se soumettre à « l’autorité des juges lors des prochaines élections », y compris l’administration, a-t-il déclaré. Le cap est ainsi mis sur les élections législatives qui auront lieu au printemps. Les médias audiovisuels publics ne donnent toujours pas de signes d’ouverture.
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